BORJA FLAMES




Présentation

"Borja Flames / Rojo Vivo" par Sing Sing.

Nous nous étions à peine relevés de Nacer Blanco, qu’il appelait lui-même avec un rien d’attendrissement perplexe son premier « bâtard » solo. À peine remis de la tournée échevelée qui s’en était suivie en quatuor. Et voilà déjà que Borja Flames ressort d’un bond de son drôle d’atelier, hirsute comme jamais, un nouveau monstre sur les bras. À mesurer les détours empruntés par lui depuis les homélies pastorales bronzées sous lampes caraïbes au sein de June et Jim jusqu’à cette sulfateuse tombée du ciel pour trouer la platine de ritournelles androïdes, le dit bâtard avait déjà de quoi surprendre. Ce n’est pas la moindre prouesse de ce ROJO VIVO nouveau-né que de renouveler notre étonnement.

Disque de fan hérétique apprenant des maîtres qu’il faut toujours trahir les maîtres et trahissant alors, d’un seul doigt d’honneur, tous ses pères, frères et cousins (Arthur Russel, Robert Ashley, Robert Wyatt et toute la famille du Saule, autres experts en contrebande), c’est un opulent brasier d’influences fracassées, à la fois autiste et mélomane, qui s’emballe et crépite ici sitôt qu’on en arme le bras. Délaissant en grande part les mécaniques simples et déglinguées et les chœurs idiots-savants qui faisaient tourner Nacer Blanco sur lui-même pour créer l’addiction génialement énervante qui nous tint de très longs mois, l’album met d’emblée le feu aux poudres au gré d’une impeccable introduction percussive-électronique, suivie d’un speech halluciné moins déroulé que tiré sèchement sur l’auditeur comme une première cartouche de dynamite dans un doux enfer de bleeps. Il y en aura d’autres, entre ressassements délicieusement volontaires et digressions abruptes, tout au long d’une espèce d’opéra mineur qui vous hypnotise dans un dédale d’escalators pour mieux vous balancer dans le vide, quand vous vous y attendiez le moins. ROJO VIVO est un album authentiquement cinglé, et doublement cinglé, en cela qu’il prône avec la même véhémence la méticulosité la plus extrême (rigueur rythmique, concentration des mélodies, ultra-précision architecturale) et le plus brusque lâcher prise (sauts intempestifs dans l’inconnu, dérèglements harmoniques, accès de violences chromatiques, comme si soudain d’épais tubes de peinture fauve giclaient partout sur la carte et sur les plans). Borja, de la voix suave qu’on lui connaît, psalmodie en espagnol et prêche pour lui même comme les fous qu’on voit parfois, qui soliloquent au soleil des grandes villes insalubres, caressant avec volupté de longues diatribes révoltées ou s’emportant au contraire, les doigts dans la prise amoureuse au moment d’interroger ses sentiments les plus intimes, dans une frénésie de percussions aberrantes et d’éjaculations synthétiques, fissurée de traits de guitares obliques comme des sautes d’humeur plus ou moins rêveuses – une étrangeté en soi (étrangeté encore affirmée par la présence bienvenue d’Èlg, l’un des artistes les plus délicatement sauvages de notre temps, sur la voix duquel se clôt l’album, évoquant Robert Wyatt confiant l’atterrissage de son aéronef Rock Bottom au poète Ivor Cutler). Impossible de conclure sans remarquer qu’à la fougue parfois un rien épileptique de son partenaire, Marion Cousin oppose une pente plus saturnienne, alanguissant de loin en loin d’abracadabrants riffs vocaux avec la fausse neutralité d’une horloge parlante ensorcelée, ou articulant des réponses bienvenues à des monologues qui n’en appelaient pourtant pas, ajoutant encore au trouble de l’ensemble, et à notre plaisir.

Parce que oui, ROJO VIVO est une œuvre de trouble et de plaisir, un grimoire numérique qu’on doit feuilleter à l’envers pour déchiffrer d’improbables chansons futuristes comme troussées par un Moondog technoïde, apprendre des danses absconses en même temps que certaines vérités neuves sur les soucoupes volantes, s’enivrer de mélopées dodelinantes arrachées à quelque continent noir de science-fiction, se fabriquer des idées folles à propos du folklore ordinateur. Dire aussi qu’ici on touche la musique avec les doigts, tant les hits dérangés dont ce disque semble tout hérissé avancent et reculent à la manière de sculptures mobiles énigmatiques, dissimulant sous un solfège devenu fou ce projet fantôme : révéler entre les contours des morceaux les secrets du silence, le silence qui est un espace, le silence qui est un territoire.

ROJO VIVO paraît sur Le Saule et coproduction avec le label de Gaspar Claus, Les Disques du Festival Permanent, idéale auberge contemporaine pour les francs-tireurs qui comme Marc Melià, Sourdure ou Borja Flames, à la querelle sépia des anciens et des modernes préfèrent aujourd’hui guerroyer au nom d’une musique « vivante » avant tout.




Discographie


Borja Flames Rojo Vivo 19 octobre 2018
CD | LP | MP3 | FLAC | WAV

"On n’attendait pas Borja Flames dans ce costume de self-made man électronique, la tête hors-cadre dans un monde réifié par la technologie et le capitalisme. On prend plaisir à l’entendre ainsi habiter la machine, en suave saboteur. " MAGIC RPM

"Casse-tête synthétique, la musique de Borja Flames demande de ne pas avoir peur de se perdre dans un labyrinthe truffé d’étrangetés avant d’atteindre la jouissance cérébrale. Un enchevêtrement déluré d’émotions et d’exaltations tribale-futuristes." KIBLIND

Les Disques du Festival Permanent / Le Saule
 

Borja Flames Nacer Blanco 5 février 2016 | CD | LP | MP3 | FLAC | WAV

“Des motifs musicaux minimalistes à répétition, comme des microtranses pour atteindre le vertige. Une voix de matin joyeux qui divague, psalmodie et récite. Des chansons de grand voyageur qui revient au village. Ce disque de Borja Flames, c'est la bande-son de l'armoire de la salle de bains, avec son miroir en trois volets qu'on replie pour voir l'infini : un enchantement ingénu.” LES INROCKS

“Le laboratoire de Borja Flames est un grenier plein de souvenirs, la tanière d'un ours qui apprend si vite ses tours qu'elle en devient méconnaissable, un art de la fugue qui colmate les fuites, une accumulation d'instruments légers comme le coq secouant l'arc-en-ciel de ses plumes, un nouveau passage.” MEDIAPART / Jean-Jacques Birgé

Marxophone Records / Le Saule


Vidéos

Borja Flames Carta Abierta
Extrait de l'album "Rojo Vivo"
 
Borja Flames ¿Quién es quién?
Extrait de l'album "Rojo Vivo"


Borja Flames Gallo de corral
extrait de l'album “Nacer Blanco”
 
Borja Flames Acumulación
extrait de l'album “Nacer Blanco”



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